Article du 02-Jul-2002 par Hélène GRILLON
Soins palliatifs : des réseaux pour rompre l'isolement du patient
et des soignants
Favoriser le maintien à domicile des patients atteints d'une
maladie grave en phase évoluée ou terminale, lorsqu'ils le désirent : tel est
l'objectif des réseaux associatifs qui se consacrent aux soins palliatifs. Des
réseaux dont la principale qualité est de rompre à la fois l'isolement du
patient, de sa famille, des soignants et des médecins.
Terminer sa vie, mourir
chez soi - dans son univers familier, entouré de ses proches - plutôt qu'à
l'hôpital. Beaucoup de patients atteints de maladies graves et évolutives le
souhaitent. Mais ce veu n'est pas facile à respecter pour des médecins et
soignants confrontés à leur impuissance et pour des familles épuisées et
désemparées face à la longue agonie d'un proche.
Respecter la volonté de ces patients et leur permettre de
bénéficier de soins de qualité jusqu'au bout : tel est l'objectif des réseaux
de soins palliatifs. En coordonnant les acteurs de santé, en formant les
professionnels, en les sensibilisant aux soins palliatifs, en offrant des
espaces de parole aux soignants, en contribuant à la recherche sur les soins à
domicile, mais aussi en apportant un soutien psychologique au patient et à ses
proches pendant la maladie et après le décès.
Au nombre de huit en Ile-de-France, ces associations interviennent
gracieusement à la demande d'un médecin généraliste ou d'un soignant libéral,
d'un patient ou d'une famille, d'un service hospitalier, d'une clinique ou
d'une maison de retraite, d'une HAD, d'un SSIAD ou encore d'un service social. Le
colloque « Familles et fins de vie à domicile », organisé récemment à Paris, a
permis aux adhérents des réseaux franciliens de faire part de leurs
expériences. Hélène Van Hecke, infirmière libérale et membre du réseau Epsilon,
estime que ce travail en réseau permet de toujours trouver une « possibilité
de soulager le patient ». « Autrefois, on intervenait en phase aiguë. Il
n'y avait pas de concertation. Beaucoup de patients décédaient à l'hôpital.
Grâce au réseau, un membre de l'équipe peut passer chaque jour si besoin. Il y
a une réelle prise en charge de la souffrance, ainsi qu'une prise en charge
psychologique de
To cure and to care
Pour Muriel Guillier, généraliste, adhérente du réseau Ensemble,
cette expérience a été vécue comme une rupture d'isolement dans un contexte «
lourd à porter sur un plan émotionnel ». « Les malades en soins
palliatifs représentent en fait un faible pourcentage des patients, mais un
gros investissement émotionnel », témoigne-t-elle. L'aide du réseau lui a
été très précieuse sur « un plan humain », mais aussi médical (conseils
téléphoniques, réponses pratiques...). « Il faut savoir se protéger de
l'illusion que l'on peut tout faire tout seul », estime ce médecin.
Et de conclure : « Nous avons appris à donner des soins. Or, dans le
palliatif, il s'agit de "prendre soin". C'est toute la différence
entre "to cure" et "to care". »
Hélène GRILLON